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Et puisque c'est le mois du Scorpion:
L E S C O R P I O N
Le Scorpion se perçoit d’abord et avant tout comme un carrefour, un lien entre un passé dont il recueille l’héritage – tant et tant de siècles, de générations, de vies, de souffrances pour aboutir à lui, à nous ! – et un avenir envers lequel il se sent une immense responsabilité : à son tour, à notre tour de transmettre le flambeau…
Tous ensemble nous sommes l’espèce humaine. Et notre lot commun c’est la mort. Inéluctable. Perspective individuellement tragique, mais collectivement nécessaire et justifiée pour assurer l’indispensable renouvellement des générations qui passe aussi – impérativement – par la sexualité. A la base, aux racines de tout, mort et sexualité, destruction et régénération sont indissociablement intriquées, imbriquées l’une à l’autre. C’est d’elles que nous procédons, c’est en nous qui vivons, là, maintenant, qu’elles sont venues aujourd’hui se nouer inextricablement…
Quand le Scorpion se penche sur lui-même – et il le fait souvent sans concessions, avec une perspicacité et une pénétration extrêmes – c’est d’abord pour y retrouver des caractéristiques universelles. Qu’est l’espèce en moi ? Qu’y veut-elle ? Comment est-elle venue s’y résumer ?… Dans sa plongée au cœur de lui-même il traverse quantité de couches successives qui racontent notre histoire commune jusqu’à l’animalité originelle dont nous sommes aussi pétris. Il y a – c’est incontestable – il demeure de l’animal en nous. Toutes sortes d’instincts, de pulsions agressives, de troubles motivations peuvent venir sous-tendre à notre insu nos comportements en apparence les plus nobles, les plus purs, les plus désinteressés. Quoi d’étonnant dès lors à ce que le Scorpion ait souvent si mauvaise réputation ?… Il vient débusquer, crûment ramener en pleine lumière une réalité qu’on s’efforce en général de superbement ignorer.
Il est pourtant à ses yeux essentiel essentiel de savoir. Nous ne pourrons progresser, nous élever collectivement que si nous nous sommes individuellement d’abord reconnuset acceptés, puis transmués et purifiés…
Le Scorpion fait si viscéralement corps avec le processus destruction-régénération, il en est si profondément imprégné qu’il le transpose spontanément dans son existence personnelle… Il va s’engager totalement avec ténacité et jubilation dans ses activités, ses affections, ses passions pour les abandonner, sans le moindre état d’âme, dès qu’il aura la conviction de les avoir épuisées. Maintenant qu’elles sont mortes il faut se tourner vers d’autres, différemment, ailleurs, autrement, avec le même enthousiasme. Pour lui il n’y a pas rupture malgré les apparences, mais continuité. Il adhère simplement à un ordre naturel des choses qu’il vit de l’intérieur et éprouve dans son être…
L’amour et la mort sont tissés l’un à l’autre. On est là au cœur de la vérité pour lui la plus fondamentale. De la personne aimée il attend donc – il exige – qu’elle l’accompagne au cœur de ce mystère, qu’elle le lui révèle, qu’elle le lui fasse éprouver dans sa chair. Aimer va constituer le plus souvent pour lui une expérience initiatique quasi mystique qui peut désarçonner totalement ses partenaires.
Destruction et régénération n’ont toutefois de sens que si elles sont envisagées – et vécues – dans leur indissociable complémentarité. Que le lien entre elles soit rompu et c’est le vertige fasciné de la destruction pour la destruction. Avec délectation le Scorpion va alors la répandre autour de lui et en lui. Puisque tout est mort et dégénérescence – inéluctables et injustifiées – il va les accompagner, les précipiter, sombrer délibérément avec elles.
Mais précisément parce qu’il est Scorpion il peut toujours finir par retrouver en lui la source primitive, rétablir le lien rompu, reprendre sa place et participer à l’instauration de la communauté universelle supérieure dont rêve au fond tout Scorpion… une communauté qui rassemblerait l’espèce humaine tout entière à la fois horizontalement – nous tous qui vivons actuellement sur cette terre – et verticalement – nous, tous ceux qui nous ont précédés et tous ceux qui nous succèderont…
Pour qu’elle puisse s’instaurer il faudrait que chacun de nous recueille l’ensemble de l’héritage et accepte d’être, à l’intérieur de lui-même, l’humanité dans sa totalité…
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